Histoires en livres scènes images et voix

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Le Vol des vautours - 7.2 et 8.1

 

Adaptation littéraire du scénario éponyme déposé à la SACD en 2001

  © 2011 - Rémy Le Mazilier

  Tous droits réservés

 

 

 

 

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7.2

 

 

 

 

Silence, comme après l’orage. Sébastien saisit une bouteille de vin rouge, en verse dans le verre de Bernard, de Jean-Louis puis dans le sien. Il allonge le bras pour approcher le goulot du verre du garçonnet, pour blaguer :

- Ho ! pardon, Mic ! J’allais t’oublier ! ...Ha ! mais c’est vrai ! tu bois pas de vin, toi ?

- Si ! si ! j’en veux !

Catherine gronde :

- Non ! Mic ! pas de vin !

- Si ! si !

- J’ai dit non !

- Ha ! ta mère n’est pas d’accord. Faut l’écouter, allez !

 

Michael se croise les bras et fait la moue en grognant.

 

- Vous pensez que la moisson sera finie dans deux jours ? s’enquiert Grégoire auprès de René, avec cette préoccupation viscérale des paysans en cours de moissons.

- Affirmatif, Grégoire ! tout sera fini après demain.

- Sauf si on casse une pièce…, tempère Bernard, instinctivement.

- Bernard est toujours prudent ! dit Sébastien.

 

Cette prudence inquiète Grégoire :

- Mais…,votre machine est bien entretenue ?

 

Sébastien coupe :

- Cathie ! dans trois jours, on commence à rentrer la paille. Est-ce que tu pourras m’aider ? Les scouts ne seront pas disponibles. Ils vont creuser la fosse pour leur méchoui du quinze août. Didier, l’instit, sera avec moi et Cédric aussi, mais c’est un peu juste.

- Tu peux compter sur moi. Je suis en vacances et je ne pars pas.

- Cathie, je te remercie très sincèrement, fait Sébastien, avec sa voix chaleureuse de circonstance.

 

Le garçonnet trépigne sur sa chaise :

- Et moi ? dis ? je t’aiderai moi aussi ?

 

Sébastien fait de grands yeux ronds :

- Ah ! mais j’espère bien ! Tu es indispensable Michael !Et je suis bien content, Mic, de t’avoir avec moi pour la moisson ! Mais faudra pas venir avec ton chaton, hein ?

...

...Eh… ! Ça faisait un bout de temps que je te voyais plus bien ! Tu viens plus garder avec moi, ni ta mère… (En regardant Catherine du coin de l’œil :) Je me demandais si vous n’étiez pas fâchés !

 

Catherine coupe court :

- C’est donc pour mercredi ?

 

L’esquive de Catherine est éloquente. Sébastien fait mine de l’ignorer, tout en regardant Michael d’un œil complice :

- Tout à fait ! Je commencerai à botteler le matin. Je mettrai le troupeau tout près du village. Il se gardera tout seul !(Cessant de regarder Michael :) Mercredi après-midi, on devrait pouvoir

rentrer une première remorque. (A Michael :) Michael, puisque ton instit sera avec nous, je lui demanderai qu’il te donne des devoirs de vacances, tè !

- Nooon !

 

Jean-Louis demande :

- L’auto-chargeuse est réparée ?

- Elle est réparée. Le concessionnaire de Florac est venu hier avec la pièce. J’ai bien cru que j’allais devoir charger la remorque à la main… Mais il a été de parole. C’est une affaire réglée !

 

Les machines agricoles sont sournoises : elles aiment bien tomber en panne.

 

Du balcon de la ferme, sous le premier quartier de lune et les étoiles, on voit la lande, laiteuse, plus fascinante que de jour, avec son désert infini de collines douces enveloppées de l’étrange lumière. Les parcelles de forêts, sur les crêtes lointaines, étalent leurs taches sombres comme les plaques noires sur une peau malade. Tout près de la ferme, quelques chauves-souris volent autour d’un lampadaire en gobant les moucherons. Des silhouettes descendent l’escalier ; quelques paroles encore. Michael bondit dans la cour, où se trouve au milieu, en stationnement, un véhicule utilitaire léger muni d’un gyrophare sur le toit. Le garçonnet court vers la ruelle. Sébastien suit d’un pas tranquille. Depuis le balcon, en haut de l’escalier, Catherine gendarme :

- Michael, tu nous attends !

 

Bernard et René montent dans le véhicule. Jean-Louis, suivi de Catherine, se dirige également vers la ruelle. Sébastien prend une direction opposée, quittant la cour pour une petite allée montant vers sa cabane, dans la nuit de lune. Sa « cambuse », comme il dit, est une minuscule maisonnette de pierre, à flanc de colline, en bordure de lande, à deux pas de la ferme, visitée la nuit par les renards et les lapins.

- Allez ! bonne nuit à tous ! fait-il, sur un ton jovial.

 

Il a à la main une lampe de poche mais ne s’en sert pas. L’obscurité est claire. Le refuge de Sébastien est un lieu mystérieux auquel personne, à ma connaissance, n’a jamais accès... Lorsqu’on lui parle de sa cambuse, le berger de Nivéole enchaîne sur des anecdotes fameuses, que tous ses amis ont entendu mille fois. On sait que Sébastien, l’été, laisse sa porte entrouverte pour permettre aux rongeurs et autres bêtes à poils de venir le visiter. On sait aussi qu’il y fait « l’élevage des araignées » et que Marie-Jo y est interdite de séjour - le ménage y est banni ! (tout au plus sa patronne a-t-elle le droit de s’y risquer quand son employé est malade et alité). C’est son petit domaine privé - de vieux garçon -, qu’il affectionne plus que sa grande bâtisse de caractère qu’il loue à Drizas et qu’il se réserve pour ses vieux jours. Je n’ai jamais osé lui demander de me le faire visiter, et probablement que Michael n’y aura pas droit non plus ! Alors, on peut rêver de cette cambuse de berger, construite de pierres sèches et de lauzes, que l’on ne connaît que de l’extérieur ; sans doute une unique petite pièce de terre battue et de poussière - avec ses guirlandes épaisses de toiles d’araignées -, et son lit à une place jamais « fait », probablement toujours humide et sans chauffage l’hiver. Ce gîte secret est aussi le point de départ de belles glissades sur la neige (neige qui se fait de plus en plus rare), le cul sur un sac de patates qui glisse comme il peut...

 

Le moteur du véhicule des moissonneurs démarre. La voiture quitte la cour. Jean-Louis annonce à Catherine :

- Je te laisse rentrer avec Michael… Je vais essayer de provoquer le petit duc.

 

Catherine ne fait cas, criant après l’enfant qui devance le groupe dans la ruelle :

- Michael ! tu m’attends !

- Juste un quart d’heure, ma chérie ! Un tout petit quart d’heure…

 

Michael dévale la ruelle en mettant ses bras en ailes d’avion.

- Bzz ! Je suis un avion suisse !

 

Du côté de la grange, depuis une haie située à l’autre bout du champ d’herbe, le petit-duc de Jean-Louis appelle après la femelle.

 

 

 

 

 

 

 

8.1

 

 

 

 

 

Le soleil a quitté le zénith il y a plus de deux heures. Les caussenards gardent « l’heure d’hiver » toute l’année parce qu’elle est la plus proche de l’heure solaire. En été, quand il y a beaucoup « d’étrangers », des gens de la ville surtout, Sébastien doit toujours préciser, lorsqu’il donne l’heure ou un rendez-vous : « A l’heure de la mienne » ou « A l’heure de la votre ».

 

Il fait très chaud. Sur l’allée aboutissant au portail nord de la grange, il y a une grosse machine toute jaune avec des montants de fer peints en rouge : une remorque attelée à un tracteur et équipée d’un mécanisme permettant le ramassage automatique des bottes ; c’est l’auto-chargeuse. Quand elle fonctionne - car le système est régulièrement en panne -, elle lève et range automatiquement les bottes de fourrage ou de paille, alignées dans le champ au passage de la « botteleuse ». Sébastien grimpe sur le tracteur. Cédric commence à y monter tout en regardant machinalement sur le côté de la remorque, puis saute aussitôt du marchepied et se retrouve de nouveau sur le sol, surpris par ce qu’il vient de voir...

- Y’a un pneu crevé !

- Y’a un pneu crevé ?

 

Cédric s’approche des roues. Sébastien le rejoint. L’un des pneus est à plat (il y a des roues jumelles de chaque côté de la remorque).

- Bordel de pneu ! fait Sébastien.

 

Cédric fait le tour de la remorque par l’arrière.

 - Une autre roue est aussi à plat !

- Non ? Tu me blagues, Cédric ?

 

Une roue sur le côté droit est également à plat. Sébastien a une certitude.

- Nom de Dieu ! Ça, c’est un coup de Serge !

- Tu crois ?

- J’en suis sûr ! Tu vas pas me dire que ces deux pneus se sont crevés tout seul !

 

Ils examinent le pneu crevé.

- Regarde, là…, une entaille nette dans la gomme ! fait observer Sébastien.

 

Cédric se penche sur le pneu. Il se redresse et passe de l’autre côté de la remorque par l’arrière :

- Ici aussi, la même entaille !

 

Catherine et Michael arrivent à la grange. Tous deux ont des vêtements légers et très usagers et portent des lunettes de soleil leur donnant une allure de touristes. Catherine est coiffée d’un vieux chapeau de paille pittoresque - ce genre de chapeau 1920 où poussaient généralement des cerises ! - et Michael de sa casquette américaine.

- Ah ! Catherine et Michael ! Bonjour ! comment allez-vous ?

 

Michael et Catherine font la bise aux deux hommes.

 - Ha ? une crevaison ?

- Dis ! j’ai deux pneus crevés ! C’est pas accidentel ça ! Une entaille à chaque côté… Je suis sûr que c’est un coup de Serge ! Il a dû faire ça cette nuit, la remorque a couché dehors.

 - Tu peux porter plainte à la gendarmerie ?

 

- Porter plainte ? Contre qui ? J’ai aucune preuve. Je vais perdre du temps à descendre à Meyrueis… et ça me réparera pas les pneus ! Serge veut me faire chier… et les gendarmes n’en ont rien à foutre !

 

Michael s’inquiète :

 - On ramasse pas la paille ?

- Si Michael ! Je vais atteler la vieille remorque et on fera ça à la main. Je vais dire à Grégoire

qu’il appelle le garagiste de Crossignac pour qu’il vienne réparer au plus vite.

 

Arrive Didier, l’instituteur, trente cinq ans, bermuda, lunettes noires, look sport.

- Salut à tous !… Je suis en retard ?

 

 

 

...

 

 

A suivre...

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24/08/2019
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